Résumé du chapitre précédent : John est allé fêter les 40 ans de mariage de son ancienne nounou, à Trébeurden, en France. Un matin, il rencontre la réceptionniste de l'Auberge des Milles
Bonheurs Champêtres. Il faut savoir qu'il se remet tout juste de la disparition de son ex fiancée, Odile.
Odile, qu'il croyait disparue à jamais, était là devant lui ! Il retrouvait en Marie-Ange les petits yeux noisette qu'Odile avait larges et
bleus ; la même grande bouche assoiffée de vie qu'Odile avait petite et boudeuse ; ce même petit nez charmant qu'il trouvait trop long chez Odile et ses cheveux courts, bruns et frisés qu'Odile
portait longs, blonds et raides.
En un mot, une Odile parfaite, certes en négatif de la précédente mais une Odile telle qu'il l'avait rêvé...
Bref, pour la suite, faut lire le livre, mais bon, disons que John la demande en mariage.
C'est alors que les affaires se corsent :
Corinne s'arrêta un instant de taper sur le clavier de l'ordinateur, pour se poser une question douloureuse : pourquoi n'y avait-il pas de John dans sa vie
à elle ??? Même un peu plus âgé, même non bilingue, même un peu bedonnant, mais un John quand même, qui se planterait un jour devant son bureau, dans la modeste pièce surchauffée qu'elle
partageait avec trois collègues bavards et inefficaces et qui lui demanderait de partager sa vie et son quinze pièces sur le Champ de Mars ?
Comment sortir, elle aussi, de sa petite vie prévisible, avec son petit boulot sans intérêt exercé dans une petite banque vieillotte et fatiguée, avec son petit studio dont il lui restait pour
dix sept ans de traite à payer, avec ses gros kilos en trop et son appétit hélassement féroce, avec son Codevi risible et son absence totale d'aventures ? Un présent morne et un avenir prévisible
sous la forme d'un présent sans cesse renouvelé... et pour finir, un petit Alzheimer ou un petit Parkison, et la solitude dans une maison de retraite pour vieillards
désargentés dans la banlieue sud de Paris...
- Hé, ho, ch'uis là, t'es pas toute seule ! s'écria soudain Alexis, alerté par la mine morose
de son amie.
- Mais tu seras pas toujours là ! cria-t-elle, au bord des larmes. Si ça se trouve, tu vas te choper une attaque cérébrale et je vais rester toute seule.
Calmement, Alexis tendit une cigarette allumée à Corinne :
- Allez fume, ça va te faire du bien.
- Tu l'aimes, toi, ta vie, Alexis ???
- T'es un peu lourde, là, tu trouves pas ?
- Je sais, c'est parce qu'elle m'énerve, Marie-Ange. T'as qu'à lire : elle habite dans un bled paumé, elle passe ses samedis soirs au bowling avec ses trois copines permanentées, elle a un boulot
à la con dans une auberge pourrie, et elle se dégotte un bel irlandais super riche...Si tu veux savoir, en fait, je la hais ; ça ne
t'embêterait pas, que je fasse foirer son mariage ???